Il y a un an disparaissait la banque d’affaire « Lehman Brothers ».
Au vue des conséquences dramatiques qu’a engendré cette chute, on pourrait penser qu’il y aura à jamais un avant et un après ce 15/09/08.
En effet, durant cette semaine maudite, les bourses du monde entier ont chuté de manière vertigineuse, à tel point que certains « experts » craignaient un effondrement total de l’économie mondiale du fait de la disparition de toute confiance dans le système.
Un an après, on peut de manière à peu prés claire tirer les enseignements de cette chute et surtout de l’immense folie qui l’a précédée et qui lui a succédé.
La folie qui l’a précédée est celle qui consistait à croire que la main invisible du marché suffisait à réguler l’égoïsme et la cupidité pour apporter bonheur et satisfaction à toute l’humanité. Cela s’est traduit par une course effrénée à la dérégulation à travers le monde et notamment dans les pays anglo-saxons. En effet, sous l’impulsion du couple Reagan-Thatcher, le monde s’est jeté dans un matérialisme roi où le seul objectif louable est l’accumulation sans fin et ce sans la moindre contrainte ni la moindre morale. Car c’est là l’essence même du capitalisme, à savoir optimiser le potentiel de création de valeur, il se fout de la morale, il se contrefout de la justice, il n’a pas la moindre notion de l’histoire, ne connait pas le remord et surtout il ne supporte pas les interventions extérieures… Du moins c’est ce que vous dirons les plus libéraux avant d’ajouter que de toute façon le diable c’est l’état, cet état qui est lourd, sclérosé, qui doit faire avec les ressentiments, les contradictions et les aspirations des citoyens alors que le marché se suffit à lui-même et s’impose à tous.
Pourquoi s’impose-t-il à nous tous ?
Tous simplement parce que nous sommes tous formatés de façon à ce que notre satisfaction coïncide avec la santé des marchés. Tout d’abord le premier carburant du capitalisme est la FRUSTRATION, en effet pour que vous ayez toujours envie de consommer plus, il est essentiel que vous ne soyez jamais satisfait de votre situation. Quand cela pourrait être le cas, à savoir quand vos besoins vitaux sont assouvis (logement, alimentation, santé, famille, travail) le marché fait en sorte de créer des besoins. La quintessence de cette approche est atteinte quand un besoin créé devient indispensable. Prenons pour exemple le téléphone portable, même s’il ne s’agit pas uniquement de frustration, car dans le cas présent il faut aussi prendre en compte les changements de comportements induits par la diffusion massive de cette nouvelle technologie qui fait de tout réfractaire à ce gadget un arriéré voir un passéiste. En effet, comment expliquer à votre Boss ou à vos collègues que vous n’avez pas de portables car vous pouvez aisément vous en passer, la plupart vous regarderons avec étonnement car la majorité d’entre eux serait incapable de s’imaginer ne serait-ce qu’une semaine sans le leur.
Il existe une autre forme de frustration celle si totalement fabriquée et clairement inutile pour ne pas dire nocive. Celle qui est le fruit du MATRAQUAGE publicitaire auquel on est sujet et ce dés le plus jeune âge. Ceci a pour but de créer des envies qui disparaissent dés que l’on a acquis ou consommé le bien convoité, le plus important ici n’étant pas bien sûr la satisfaction des individus mais bien le besoin de consommer encore et toujours plus.
Malgré tout, la frustration même si elle en est l’essence n’est pas le nerf de la guerre. Ce dernier étant bien sur l’ARGENT. Il n’est pas étonnant que dans une société où la frustration est reine, l’argent soit le dieu, car c’est lui qui permet d’assouvir cette faim insatiable. En découle tout un système où prévaut la création de richesses à tout prix.
En effet pour juger un pays on regarde son PIB, pour juger de la réussite d’un homme on regarde son salaire, pour juger de la qualité d’un produit on regarde son prix… On en est arrivé à un point tel, qu’il est possible de trouver des pigeons qui ne prêtent attention qu’a ce qui est cher, sous prétexte que cela leur permet de se différencier des gueux.
Pour nourrir la frustration, il faut donc toujours plus d’argent, pour toujours plus accumuler et nourrir la machine capitaliste. Cependant arrive un moment où plus pour certains veut dire moins pour les autres. C’est là le problème car si on est tous égaux face à la frustration on est clairement inégaux quant à l’accès au dieu Argent. Cet accès étant conditionné par les capacités intellectuelles ou physiques de chacun. Sans oublier l’importance déterminante de la naissance et de l’environnement dans lequel on évolue dans l’expression de notre potentiel et sa conversion en argent.
Par la suite, il est important de préciser qu’il n’y a pas la moindre morale ni la moindre justice ni même la moindre notion de méritocratie dans cette conversion, il ne s’agit que du rapport entre la richesse que vous êtes capable de générer seul ou en équipe et la détermination des autres acteurs à débaucher vos talents.
Bien sûr, il existe pour la plupart des emplois une grille salariale qui fixe des règles, mais cela joue pour des emplois où il est susceptible d’y avoir plus de demandeurs que de postes disponibles. Soit plus de 90 % des emplois.
Pour ces gens et notamment ceux qui travaillent dans le privé, ils sont sujets à l’autre attribut divin du capitalisme, la sainte concurrence qui justifie délocalisation, stagnation des salaires, mobilité forcé et autres pressions insupportable, sans oublier la dégradation écologique. On a eu dans l’actualité récente des exemples des catastrophes humaines que peut entrainer la concurrence à outrance.
Cependant, pour beaucoup de monde elle est aussi synonyme d’une meilleure qualité, d’un meilleur prix, d’un meilleur service et surtout d’une meilleure efficacité.
Cela nous mène à une des grandes impasses du capitalisme globalisé, à savoir que par souci de rentabilité on cesse de récompenser le travail au profit du capital, autrement dit quand on cesse d’augmenter les salaires pour satisfaire les marchés financiers, on prive la population du moyen de consommer toujours plus. Comment remédier alors à cette impasse ? (sans bien sûr augmenter les salaires, cela va sans dire !!!)
L’endettement bien sur !!!!!!
Ce magnifique endettement qui a plusieurs avantages, d’abord il vous permet de satisfaire à vos frustrations du moment, ensuite sachant qu’il y a des intérêts cela permet de faire de l’argent avec de l’argent et enfin il vous enchaine à la machine capitaliste. En effet sachant que vous êtes dans l’obligation de rembourser, vous devez vous soumettre aux exigences salariales du marché sous peine de vous retrouver vous et votre famille avec le couteau sous la gorge.
N’allez pas croire que je pense que l’endettement est inutile et forcément néfaste. Il est nécessaire pour payer des investissements au long terme comme une maison, une voiture, des études… Cependant vous avez tous remarqué ces dernières années, l’explosion du nombre de crédit à la consommation, tandis que les banques serrent les vis pour ce qui est du crédit traditionnel. Logique quand dans un cas vous avez entre 18 et 20% d’intérêt alors que les autres excèdent rarement les 7 %.
Le mot capital dans cette affaire est l’efficacité. En effet pour ce qui est de créer (voir inventer) des richesses le système le plus efficace inventé par l’homme reste et restera le CAPITALISME. Notamment une branche spécifique du capitalisme à savoir le « capitalisme financier ».
J’aurais aimé avoir les connaissances nécessaires pour vous exposer comment la finance à totalement supplanté le capitalisme traditionnel, de la naissance de la bourse à la toute puissance actuelle de cette dernière, malheureusement je ne le peux.
Cependant je peux essayer de vous dévoiler certains des travers de cette suprématie financière.
En effet, les entreprises étant essentiellement jugées sur leur rentabilité ou le cours de leurs bourses, et ceux de plus en plus fréquemment cela n’encourage pas à une vision à long terme. Car la rémunération, et notamment celle des dirigeants, ne dépend plus de la solidité ou de fraternité au sein de l’entreprise mais bien de sa profitabilité. Prenons une entreprise dans une bourse quelconque, au moment de présenter son bilan elle décide de repousser des investissements pourtant essentiels pour pouvoir présenter aux marchés une rentabilité sur fonds propres de 7%. Cette bonne nouvelle à de bonnes chances de plaire aux marchés, du coup la boite et surtout ses actionnaires se retrouveront encore un peu plus riches du fait de la hausse du cours de bourse qui s’ensuivra. Malgré tout cette boite devra quand même faire les investissements prévus mais comment ? Et bien en empruntant ou en augmentant son capital, ce qui fera le bonheur d’une banque, d’un fond de pension ou autres hedges funds.
Cette exemple est utile car il montre comment le système fait en sorte de créer pour ne pas dire inventer de l’argent. Tout d’abord lorsque l’on prête de l’argent il s’en crée automatiquement du fait des intérêts. De plus, lorsque une entreprise possède l’argent nécessaire à son investissement dans ses fonds mais qu’elle décide en quelques sortes de les offrir aux marchés et aux investisseurs, ce dernier en échange augmente sa valeur boursière ce qui dans l’immédiat peut paraitre positif car au final elle ne perd pas d’argent elle en gagne.
Et c’est comme ça pour la plupart des grandes entreprises, le présent appartient au marché et que l’avenir se démerde. Cependant cela marche très très très bien tant que tout le monde joue le jeu et que l’argent circule sans arrêt. A chaque étape l’argent crée de l’argent, on ne sait pas toujours comment, mais c’est forcément géniale vu que tout le monde en profite. Je dis bien tout le monde de l’actionnaire jusqu’au petit citoyen qui emprunte pour s’acheter je ne sais quoi.
L’an dernier la finance a représenté prés de 40% des bénéfices aux Etats-Unis. Qui cracherait sur de l’argent aussi vite et aussi facilement gagné. Sachant qu’il est toujours plus facile pour un président de dire que le pays a une forte croissance, peu importe que cet argent arrive de manière sporadique jusqu’à vous tant que le pays va dans le bon sens, de plus il sera plus facile pour vous d’obtenir un prêt en banque si celle ci à l’espoir de couvrir ses risques en les noyant dans les casinos boursiers. Les entreprises seront plus enclines à embaucher… En effet de la performance financière découle une sorte de cercle vertueux qui même si c’est de manière très inégale profite à tout le monde.
Pour donner de la solidité et de la cohérence à ce grand n’importe quoi, on a fait appel aux compétences des esprits les plus brillants pour qu’ils puissent camoufler tout ça grâce à des équations et autres modèles mathématiques.
Le seul problème c’est que tout ceci est uniquement basé sur la confiance, car la plupart de cet argent est crée à partir du vent de la bourse. En fait ce système est un Madoff géant, tant que tout roule est qu’il y a toujours de nouveaux acteurs chacun empoche ses profits mirifiques sans broncher, mais dés que la confiance disparait et que tout le monde veut récupérer ses billes alors tout s’effondre car il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup plus d’argent inventé que d’argent réellement disponible.
Alors vers qui se tourne t-on ?
Bien vers les Etats bien sûr car ce sont les seuls qui peuvent inventer de l’argent à volonté pour combler ce trou gigantesque crée par la finance mondiale.
Mais à qui profite principalement le crime ?
- Au trader peut être ? Bien sûr ils ont leur large part du gâteau mais ils ne font qu’entretenir le système, leur boulot étant de faire en sorte qu’un maximum de l’argent inventé chaque jour par le système financier arrive dans les caisses de la banque pour laquelle ils travaillent.
Bien sûr à partir du moment où l’on parle de sommes gigantesques, il n’est pas étonnant qu’un trader génial soit courtisé par les banques du monde entier, dés lors aucune loi ne pourra empêcher le système de payer ce génie très très très grassement. C’est la logique de l’offre et de la demande.
- Peut être cela profite t-il aux paradis fiscaux. Bien évidement, mais là encore il ne s’agit que d’acteurs qui décident de miser sur la cupidité du système pour décrocher leur part du gâteau. Ils jouent sur le fait que se sont de petit pays donc avec des charges étatiques faibles, ce qui leur permet de proposer des taux de fiscalité largement inférieurs à ceux des grands pays.
- Du coup qui sont les grands gagnants ?? Les grands investisseurs et autres grandes institutions financières qui tant que tout roule, se servent chaque année des bonus et autres rémunérations mirobolantes. En ce sens que chaque année ils prélèvent dans la masse d’argent inventé la somme qui leur permet de se payer, cet argent devenant totalement concret dés lors qu’il arrive sur leurs comptes en banque.
C’est donc toute la branche du capitalisme financier qui mène grand train tant que tout va bien. Du coup quand tout s’écroule c’est eux qui devraient souffrir en priorité et le plus longtemps, n'est ce pas ?
Eh bien non, ce serait trop beau. En effet la chute de Lehmann Brothers n’est que l’arbre qui cache la forêt. Car après une chute vertigineuse durant quelque mois les marchés boursiers ont déjà repris leur course effrénée en avant. Pour preuve Goldman Sachs, cette grande banque d’affaire américaine a déjà provisionné prés de 30 milliards pour payer les bonus de ses traders en fin d’année. La machine financière est déjà sorti de la crise la plus importante depuis 1929 et sachant que les états se sont contentés de garantir l’argent inventé sans imposer de contrepartie qui peut s’étonner que tout soit reparti comme avant. Que dis-je comme avant !!! C’est encore mieux vu qu’il en ressort des institutions encore plus fortes du fait de la disparition des plus exposés et du rachat des autres par les plus solides.
C’est quand même paradoxal de constater que c’est la partie du capitalisme d’où est originaire la crise qui sort le plus renforcé de cette dernière. Car vu les déficits abyssaux qui frappent les Etats, ils ont plus que jamais besoin de la formidable capacité du système financier à créer de l’argent pour combler les trous qu’il a lui-même creusé.
Est-ce qu’on marche sur la tête ????????????
Ben oui mais dormez bien mes amis, le G20 veille sur vous !!!!!
A suivre…
Salut à tous !!
Pour le morceau, c’est Lauryn Hill : "Mr Intentional" à consommer sans modération...
| Mars 2010 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | ||||
| 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | ||||
| 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | ||||
| 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | ||||
| 29 | 30 | 31 | ||||||||
|
||||||||||
Derniers Commentaires